Parsifal

Un film de Daniel Mangrané et Carlos Serrano de Osma

Superproduction espagnole avec : Gustavo Rojo (Alexandre le Grand, Genghis Khan, La vallée de Gwangi), Ludmilla Tchérina (Spartacus, Les chaussons rouges, Les contes d’Hoffmann).
Musique Richard Wagner.
Durée : 99 minutes. Orgine : Espagne, 1951

Il existe des films qui semblent surgir d’un rêve, ou d’un élan si improbable qu’on peine à croire qu’ils aient réellement vu le jour. Parsifal, tourné en 1951 dans l’Espagne franquiste, appartient à cette catégorie rare. À une époque où le pays vit sous une chape idéologique et culturelle, un producteur passionné — Daniel Mangrané, wagnérien fervent — décide de porter à l’écran l’œuvre la plus mystique de Wagner. Il y met son énergie, ses moyens, et une conviction presque chevaleresque : faire naître un Parsifal de cinéma, dans un pays où l’audace artistique se heurte à la prudence politique.

Pour donner corps à ce rêve, Mangrané s’entoure du réalisateur Carlos Serrano de Osma, du peintre José Caballero, dont les décors et cadrages sculptent l’espace comme un tableau symboliste, et de deux figures charismatiques : Ludmilla Tchérina, danseuse au port de reine, et Gustavo Rojo, héros populaire du cinéma espagnol. Le tournage se déroule aux studios Orphea de Barcelone, mais c’est surtout Montserrat, avec ses rochers abrupts et son atmosphère sacrée, qui donne au film son souffle mystique.

Le récit reprend la trame essentielle du Bühnenweihfestspiel : Parsifal, enfant préservé du monde par une mère qui veut le garder pur, finit par rencontrer le mal, le péché, la tentation. Son chemin devient alors une quête intérieure, une ascension vers la connaissance, la compassion et la révélation du Graal. Mais Mangrané et Serrano de Osma ne cherchent pas à illustrer Wagner : ils le réinventent. Leur Parsifal est un poème visuel, un conte initiatique où le sacré se mêle au fantastique, où l’innocence affronte des visions presque hallucinées.

Un objet filmique inclassable

Esthétiquement, le film est une mosaïque d’influences et d’audaces. On y croise la monumentalité naïve des superproductions de Cecil B. DeMille et l’ombre mythologique des Nibelungen de Fritz Lang, des accents plastiques rappelant Leni Riefenstahl, des atmosphères alpines où nuages, brumes et ciels sculptent le destin, et même, dans certains visages taillés par la lumière, un écho d’Eisenstein.

Certaines séquences — notamment celles du Jardin des péchés capitaux — semblent surgir d’un rêve surréaliste : silhouettes stylisées, couleurs symboliques, chorégraphies étranges. Le film oscille entre naïveté, mysticisme et avant‑garde, créant une œuvre à la fois datée et intemporelle, fragile et fascinante.

Un hommage inattendu à Wagner

Sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes 1952, Parsifal apparaît comme un geste presque insensé : un hommage à Wagner dans une Espagne où l’art est étroitement surveillé, un film mystique dans un pays clérical, une œuvre visionnaire dans un contexte qui ne l’était guère. Et pourtant, le film existe — et il persiste. Il demeure l’un des objets les plus singuliers du cinéma espagnol, un Parsifal venu d’ailleurs, porté par la foi d’un producteur et par l’aura intacte du mythe wagnérien.

Édité en Blu-ray / DVD chez Artus Film – En supplément : présentation du film par Christian Lucas, diaporama d’affiches et de photos, livret de 80 pages rédigé par François-Xavier Consoli : Perceval, le mythe universel de l’initiation