© Shutterstock - Salzbourg, Haus für Mozart

Une fois encore, le programme d’opéra du Festival de Salzbourg 2026 mêlera chefs‑d’œuvre du répertoire et créations contemporaines. Le fil rouge de cette édition explore les figures de la liberté et de la marginalité : Carmen, François d’Assise, Ariadne ou Alceste (dans Le Misanthrope de Molière, également au programme théâtral) incarnent des êtres en rupture avec les conventions, révélant la puissance de l’intuition et du sentiment face à la raison.

Dans la préface du communiqué de presse, le Festival évoque un monde où les frontières se brouillent et où les identités se redéfinissent. Les figures de l’édition 2026 avancent vers la connaissance de soi, souvent en marge des normes. Elles composent un vaste panorama des formes de l’amour, oscillant entre passion, liberté et douleur. Le cœur y apparaît comme une force intuitive, opposée à la froide rationalité : Carmen, Saint François ou Alceste illustrent des existences guidées par une liberté intérieure.

De Profundis d’Oscar Wilde plonge dans la souffrance intime et la quête de rédemption, tandis que Così fan tutte met en scène une expérience sociale qui ébranle certitudes et identités. Ariadne auf Naxos unit le tragique et le comique, révélant la porosité des émotions humaines. Les œuvres théâtrales de Jelinek et Molière dénoncent quant à elles l’hypocrisie, la superficialité et les illusions sociales. Saint François d’Assise propose un modèle de vie radicalement détaché du monde matériel, tandis que d’autres œuvres interrogent le temps, la mémoire et la fragilité de l’existence. Faust incarne cette quête infinie de savoir et d’expérience, face au vertige du monde.

Le festival mettra ainsi en lumière la tension entre souffrance, responsabilité et désir de sens. L’art et la musique y apparaissent comme des moyens de percevoir le passage du temps. La préface conclut que cette exploration intérieure ouvre de nouveaux horizons spirituels et émotionnels.

Du 17 juillet au 30 août 2026, les Salzburger Festspiele proposeront pas moins de 171 représentations en 45 jours, confirmant leur statut de grand rendez‑vous international.
La section lyrique se distinguera par cinq nouvelles productions majeures, auxquelles s’ajouteront plusieurs œuvres en version concertante.

Les grandes productions scéniques

Carmen de Bizet ouvrira le festival le 25 juillet. La mise en scène est confiée à Gabriela Carrizo, sous la direction musicale de Teodor Currentzis, et marquera les débuts très attendus d’Asmik Grigorian dans le rôle‑titre.
Saint François d’Assise de Messiaen sera présenté à la Felsenreitschule dans une vision monumentale de Romeo Castellucci, dirigée par Maxime Pascal, promettant une expérience mystique et sensorielle.
Così fan tutte de Mozart reviendra dans sa version intégrale, reprenant la mise en scène de Christof Loy (2020) avec une distribution entièrement renouvelée.
Il viaggio a Reims de Rossini, déjà salué lors des Festspiele de Pentecôte, sera repris dans la mise en scène flamboyante de Barrie Kosky.
Enfin, Ariadne auf Naxos de Strauss marquera les débuts à Salzbourg du metteur en scène Ersan Mondtag, avec Manfred Honeck à la baguette et Elīna Garanča dans le rôle d’Ariadne.

Les raretés et versions concertantes

Ces œuvres offriront aux mélomanes l’occasion d’entendre des partitions rarement données dans un cadre aussi prestigieux, dessinant un panorama allant du XVIIIᵉ siècle à la création contemporaine — des formats privilégiant la musique, la voix et la dramaturgie intérieure.
Lucio Silla de Mozart (en version semi‑scénique) révèle un jeune compositeur en pleine ascension créatrice. Passion de Dusapin, œuvre hypnotique, invente un véritable théâtre de la voix où le souffle devient matière, plainte et murmure. Sans imiter Monteverdi, Dusapin en prolonge l’esprit.
Adapté de Kleist, Der Prinz von Homburg de Hans Werner Henze (1960) demeure l’un des chefs‑d’œuvre du compositeur, alliant modernisme, lyrisme et théâtre politique. Henze y déploie une écriture orchestrale d’une richesse exceptionnelle, où se confrontent rêve et réalité, ordre militaire et liberté intérieure.

La Monnaie et Alain Altinoglu : un événement majeur

Être invité à Salzbourg constitue pour une maison d’opéra européenne une marque de reconnaissance internationale — plus encore lorsqu’il s’agit d’un opéra français majeur. La venue de La Monnaie, l’une des institutions les plus respectées du continent mais rare invitée du festival, marque donc un moment historique de son rayonnement.

Dans Werther, cette identité sonore sera un atout essentiel : Massenet exige une palette chambriste, des transitions harmoniques subtiles, une attention minutieuse aux bois et une pâte orchestrale veloutée.
Par sa souplesse de phrasé, son équilibre entre clarté et chaleur et sa maîtrise du répertoire français, l’Orchestre symphonique de La Monnaie et son directeur musical, Alain Altinoglu se révèlent plus idiomatique que bien des formations germaniques ou internationales, habituellement présentes à Salzbourg.
La version concertante mettra en lumière la pureté orchestrale de Massenet et la délicatesse psychologique de l’œuvre. Benjamin Bernheim et Marianne Crebassa, deux artistes au style français exemplaire, promettent une interprétation d’une grande intensité émotionnelle, dépouillée de tout artifice scénique.

Informations et réservations : https://www.salzburgerfestspiele.at/