Wagner en Playmobil
Bayreuth célèbre en 2026 les 150 ans de son Festival en donnant à Wagner une visibilité nouvelle et ludique, avec une figurine Playmobil conçue comme objet de collection et symbole festif.
La silhouette retenue est immédiatement reconnaissable : barbe, queue-de-pie, chemise rouge, manches blanches, béret noir, baguette de chef d’orchestre et pupitre avec partition. Cette image condense à elle seule le Wagner public, presque emblématique, tel que Bayreuth le met en scène dans son espace urbain et commémoratif.
L’initiative vient de la ville de Bayreuth, qui a commandé cette édition spéciale pour accompagner les célébrations du jubilé. Elle s’inscrit dans une stratégie de valorisation du patrimoine wagnérien, où le compositeur devient une présence familière, visible jusque dans la rue. Le projet remonte à 2023, lorsque la Bayreuther Gemeinschaft avait proposé de marquer l’anniversaire par une figurine dédiée à Wagner. L’idée témoignait déjà d’une volonté d’associer mémoire musicale, identité locale et médiation populaire.
Le lancement officiel a eu lieu en mai 2026, en écho au 213e anniversaire de la naissance du compositeur et à la pose de la première pierre du Festspielhaus. Cent cinquante exemplaires ont été distribués gratuitement lors du RiWa Street Festival, lors de jeux et animations organisés sur la Richard-Wagner-Straße. Ce nombre fait évidemment écho aux 150 ans du Festival de Bayreuth, créé par Wagner en 1876.
La figurine rejoint ainsi une petite constellation de compositeurs déjà passés par l’univers Playmobil, notamment Bach et Mozart. Il inscrit Wagner dans une forme de panthéon culturel accessible et immédiatement lisible. Liszt avait été envisagé, ainsi que Wilhelmine de Bayreuth, sans que ces projets n’aboutissent pour l’instant.
Pour le mélomane wagnérien, l’objet peut faire sourire, mais il dit aussi quelque chose de la postérité de Wagner. À Bayreuth, le compositeur n’appartient pas seulement à l’histoire musicale : il fait partie du décor et des symboles de la ville. Les feux de circulation représentant déjà sa silhouette en marche montrent bien cette intégration dans la vie quotidienne de ses habitants.
D’après Diapason, RTBF-Musiq3, BR-Klassik et la ville de Bayreuth.
Richard Wagner et IA
En attendant le Ring avec IA du Festival de Bayreuth, le Royal Ballet Opera (ex Royal Opera House), Covent Garden de Londres se lance dès ce samedi 6 juin 2026 sur le sujet des rapport possible entre Richard Wagner, le Ring et l’intelligence artificielle.
Durant quatre jours au Royal Ballet and Opera, le festival RBO/SHIFT 2026 est consacré à la rencontre entre opéra, technologie et intelligence artificielle. Le programme mêle spectacles, conférences et débats. Son idée centrale est simple : demander ce que l’IA peut apporter aux créateurs, et ce que les créateurs peuvent apporter à l’IA.
L’un des projet proposé In the Ring de Robin Coops est un opéra-jeu de rôle expérimental inspiré de Wagner, où le public, grâce à son téléphone, prend des décisions qui modifient en direct le récit, le son et l’image.
Robin Coops est un artiste multidisciplinaire néerlandais, à la fois metteur en scène, compositeur et créateur de formes immersives, spécialisé dans les œuvres musicales et scéniques hybrides. Son travail explore souvent la tension entre le corps analogique et la machine numérique, ainsi que les rapports entre contrôle, perte de contrôle et systèmes technologiques ou politiques. Pour ce projet, il s’accompagne d’Eric Magnée et de Thyrza Coenraad. Le premier est un ‘digital storyteller’ (Concepteur de récits numérique ou en communication narrative), technologue créatif et compositeur néerlandais, il se présente aussi comme fondateur de HowToMakeFriends, une structure qui conçoit des expériences interactives visant à créer du lien entre les participants. Son parcours mêle composition, design sonore et programmation d’expériences interactives ; il a notamment travaillé avec des ensembles et festivals aux Pays-Bas et en Belgique.La seconde, Thyrza Coenraad, est une designer théâtrale et sociale basée à Rotterdam. Son travail se situe à la croisée de la scénographie, du storytelling et des expériences immersives, avec une attention marquée aux formes de participation collective.Ses projets portent souvent sur des enjeux sociaux concrets, comme le logement ou la mémoire partagée, en utilisant des méthodes de théâtre participatif. Dans In the Ring, elle intervient en transformant l’interaction du public en moteur dramaturgique.
In the Ring s’inscrit dans une lignée wagnérienne mais en la déplaçant du mythe vers la technosphère. En reprenant l’idée du Ring comme machine dramaturgique — lutte pour le pouvoir, circulation du désir, violence de la possession, déséquilibre du monde — Robin Coops transpose l’enjeu de la tétralogie dans un univers où l’autorité n’est plus seulement divine ou politique, mais algorithmique.
Le projet ne cite pas Wagner comme une simple référence: il en retient la dynamique profonde, celle d’un théâtre total où musique, image, action et participation du spectateur forment une dramaturgie unique. L’intervention du public, selon les concepteurs, ne relève pas du gadget interactif ; elle réactive, de manière contemporaine, la question wagnérienne du rapport entre œuvre, communauté et puissance de décision.
Dans le cadre du Royal Ballet and Opera, et plus largement du festival RBO/SHIFT, In the Ring apparaît ainsi comme une relecture critique du Ring des Nibelungen à l’âge de l’IA : non pas une actualisation décorative, mais une réflexion sur les structures de domination, la responsabilité et la fabrique du récit. Son intérêt dramaturgique tient précisément à ce passage du mythe germanique à la logique des réseaux, où le “pouvoir de l’anneau” devient métaphore du pouvoir des systèmes.
Source : le Royal Ballet Opera, Covent Garden (Londres) – Plus d’informations sur le site du Royal Ballet Opera.
Discographie Wagnérienne
Notre administrateur, Dominique Joucken, publie sur le site de Forumopera une critique d’un enregistrement à Dallas du Ring de Wagner sous la direction de Fabio Luisi. Une version globalement intéressante mais inégale, avec de très belles choses sans toutefois rivaliser avec les grandes références discographiques. Il salue surtout la qualité de l’orchestre, la prise de son, et plusieurs réussites vocales isolées, mais reproche à l’ensemble un manque de nerf dramatique dans les deux premières journées.
Dans L’Or du Rhin, Dominique Joucken admire les cors, les Filles du Rhin et certaines couleurs orchestrales, mais trouve Alberich trop rugueux, Loge insuffisamment pétillant, et plusieurs rôles secondaires faibles. Dans La Walkyrie, il loue particulièrement Siegmund, mais juge Sieglinde trop mûre vocalement, Brünnhilde solide mais un peu monolithique, et l’orchestre plus convaincant dans les épisodes lyriques que dans l’élan dramatique. Siegfried lui paraît le sommet du cycle : l’orchestre y devient plus vivant, les personnages secondaires tiennent mieux leurs rôles, et Daniel Johansson propose une prestation très réussie dans le rôle-titre. En revanche, Le Crépuscule des dieux retombe dans l’inégalité, avec un Gunther décevant, un Hagen trop massif et peu subtil, même si les chœurs, les Filles du Rhin et le duo Siegfried-Brünnhilde restent honorables. Le critique réserve enfin un jugement nuancé sur le Wotan de Mark Delavan : voix instable parfois, mais présence, personnalité et puissance expressive assez fortes pour justifier l’enregistrement.
Conclusion générale : ce Ring n’est pas une référence absolue, mais il mérite l’écoute pour plusieurs moments d’orchestre, quelques très bonnes prises de rôle et la curiosité qu’éveille une réalisation venue de Dallas.
L’article complet sur le site de Forumopera.
Wotan/Der Wanderer Mark Delavan, Fricka/Waltraute Deniz Uzun, Alberich Tomas Tomasson, Loge Stefan Margita, Mime Michael Laurenz, Fasolt Liang Li, Fafner
Andrew Harris, Siegmund Christopher Ventris, Sieglinde Sara Jakubiak, Hunding/Hagen Stephen Milling, Brünnhilde Lise Lindstrom, Siegfried Daniel Johansson,
Gunther Roman Trekel
Dallas Symphony Chorus
Dallas Symphony Orchestra
Direction musicale :
Fabio Luisi
13 CD Delos DE3624, enregistrés à Dallas en mai et octobre 2024, 14h50′

