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Crise au Festival de Salzbourg

Le Festival de Salzbourg traverse une crise de gouvernance majeure autour du directeur artistique Markus Hinterhäuser, sur fond de conflit de compétences entre pouvoir politique et autonomie artistique. Depuis octobre 2016 à la tête du Festival, Hinterhäuser avait vu son mandat prolongé jusqu’en septembre 2031, mais une réunion houleuse du 26 février 2026 avec le Kuratorium – composé de représentants des différentes instances politiques de Salzbourg – a ouvert la perspective d’un départ anticipé.

À l’origine du conflit se trouve le licenciement, en décembre 2024, de la directrice du département Théâtre, Marina Davydova, officiellement pour activités parallèles non déclarées, mais dans un climat déjà tendu et fortement commenté par la presse spécialisée. Pour lui trouver un·e successeur, le Kuratorium impose une procédure d’appel public à candidatures, présentée comme transparente et « acceptée à l’unanimité ». Hinterhäuser indique pourtant publiquement sa préférence pour Karin Bergmann, ex-directrice du Burgtheater, qui n’a pas participé à la procédure et ne figure donc pas parmi les 23 candidats auditionnés. Le Conseil affirme ne jamais s’être immiscé dans les choix artistiques, tout en considérant que ce contournement de procédure constitue une « rupture de confiance ».

Karoline Edtstadler, gouverneure de Salzbourg et présidente du Kuratorium, évoque un avertissement formel et propose à Hinterhäuser une «transition en douceur » vers une fin anticipée de son mandat, sous la forme d’une prolongation d’un an pour organiser la succession. Hinterhäuser revendique le pouvoir de nomination que lui confère le règlement du Festival, reconnaît des « erreurs de communication » et s’appuie sur une lettre ouverte signée par une soixantaine de personnalités culturelles, qui demandent au Conseil de s’abstenir de toute ingérence dans les affaires artistiques. Mis en demeure de répondre à l’offre de prolongation jusqu’au 13 mars, il laisse passer l’échéance : selon le porte‑parole de la gouverneure, son contrat prendra fin le 30 septembre 2026, soit un mois après le Festival 2026.

Le Conseil d’administration se retrouve donc sous pression pour trouver rapidement un nouveau directeur artistique, alors que la planification des productions d’opéra s’inscrit sur plusieurs années. Dans l’immédiat, il est question de nommer un directeur artistique intérimaire pour un ou deux ans, le nom de Nikolaus Bachler, actuel directeur du Festival de Pâques de Salzbourg, revenant régulièrement. Parallèlement, il faudra pourvoir la direction du département Théâtre et, dans le cadre du roulement régulier, ouvrir à candidatures la présidence du festival actuellement occupée par Kristina Hammer.

Cette crise de gouvernance intervient au moment où le Festival doit affronter un vaste programme de rénovation et d’extension, regroupé sous l’intitulé « Festspielbezirk 2030 ». Décidé par l’État fédéral, le Land et la Ville de Salzbourg, le projet vise à moderniser les infrastructures (sécurité, logistique, conditions de travail, accueil du public) et à créer de nouveaux espaces techniques intégrés dans le Mönchsberg. Le calendrier prévoit notamment la fermeture du Großes Festspielhaus à partir de l’automne 2027, avec une réouverture visée pour l’été 2030, avant une deuxième phase portant sur la Felsenreitschule et le Haus für Mozart dont l’achèvement est annoncé autour de 2032. Or, près de la moitié des recettes de billetterie des Salzburger Festspiele proviennent aujourd’hui des représentations dans le Großes Festspielhaus, de sorte que sa fermeture impose de trouver une salle provisoire apte à accueillir une part significative de la programmation.

Les scénarios étudiés par le Kuratorium et les autorités locales vont dans le sens d’une halle temporaire en structure acier, inspirée de modèles comme la Salle des Combins à Verbier. Cette halle devrait fonctionner plusieurs années, accueillir concerts et opéras (en version scénique ou de concert) et s’inscrire dans un budget global d’environ 34,8 millions d’euros pour l’ensemble des solutions temporaires (salle, ateliers, bureaux). Le choix définitif du site et le dimensionnement de cette Ausweichspielstätte doivent intervenir rapidement afin de permettre à la direction artistique de planifier les saisons 2027–2030. Dans ce contexte, la question de la succession de Hinterhäuser n’est pas seulement une affaire de personne, mais conditionne la capacité du Festival à traverser sans dommage une période de fortes contraintes logistiques et financières.

La dimension politique et juridique de la crise est renforcée par l’intervention du Conseil autrichien pour les arts et les sciences, qui publie le 18 mars une lettre ouverte en défense de Hinterhäuser. Les signataires critiquent la notion de « bonne conduite » envers les responsables politiques exigée contractuellement du directeur, y voyant un « instrument d’influence politique » incompatible avec la liberté artistique garantie par la Constitution autrichienne et la Charte des droits fondamentaux de l’UE. Le collectif « art_curia/Kurie Kunst » appelle à préserver l’art au‑delà des loyautés politiques et personnelles, rappelant que la notion de « bonne conduite » plonge ses racines dans la fonction publique austro‑hongroise et le lien de loyauté envers le monarque.

L’affaire révèle ainsi une fracture profonde entre un Conseil à forte coloration politique, soucieux de procédures, de loyauté institutionnelle et de pilotage d’un chantier d’infrastructure d’une ampleur inédite, et une direction artistique qui revendique sa liberté et l’appui du milieu culturel.

Un nouveau tournant est intervenu fin mars : à l’issue de négociations entre les avocats du Festival de Salzbourg et ceux de Markus Hinterhäuser, il a été décidé que le directeur artistique serait immédiatement dispensé de ses fonctions et placé en congé jusqu’au terme légal de son contrat, le 30 septembre 2026. Les deux parties se séparent en invoquant des divergences et différends « insurmontables », sans en dévoiler les détails, couverts par une clause de confidentialité. Suite à la suspension de Markus Hinterhäuser, la présidente du Direktorium Kristina Hammer et le directeur commercial Lukas Crepaz assurent conjointement la direction du festival. En attendant la nomination d’un successeur, ils assument également conjointement la direction artistique. Et comme souvent en cas de crise, les conditions de travail au sein de l’organisation sont mis en avant. D’anciens employés, souhaitant tous garder l’anonymat, ont évoqué un climat de peur. La direction du festival a démenti ces témoignages.

Au‑delà du cas Hinterhäuser et de ses suites, se dessine un avenir incertain pour le Festival de Salzbourg, pris entre restructuration d’urgence, défi logistique de la salle provisoire et débat de principe sur l’indépendance de la création dans l’une des institutions lyriques les plus emblématiques d’Europe.

Sources : ORF Salzburg (radio et télévision publique autrichienne), Opéra Online

Le festival de Bayreuth est sauvé

Le gouvernement italien, sous l’impulsion de Giorgia Meloni, grande amatrice d’art et particulièrement d’opéra, a proposé un jumelage du Festival Wagner avec le Festival Verdi de Busseto, ces deux compositeurs étant nés la même année, en 1813. Pour 2027, un Ring sera joué à Busseto par les musiciens du Festival de Bayreuth ; en échange, la trilogie verdienne (La Traviata, Il Trovatore et Rigoletto) sera, pour la première fois, jouée sur les planches de Bayreuth avec l’orchestre communal de Busseto. Moyennant cet échange, le gouvernement de Madame Meloni, au nom de la promotion nationaliste de l’art italien s’engage à prendre en charge la moitié du déficit de Bayreuth, l’autre moitié restant à la charge du gouvernement fédéral allemand, heureux d’être déchargé d’une parte de ce fardeau financier.

L’arrivée de Verdi sur la Colline revitalisera sans nul doute le Festival. Monsieur Minuzzi, le propriétaire italien du célèbre restaurant Le Burgerreuth ,situé sur la Colline et bien connu de tous les festivaliers, envisage d’ores et déjà d’ouvrir à Busseto un restaurant de saucisses franconiennes.

Source : Aprile Pesce, Verdi sulla sacra collina di Bayreuth, Corriere delle scherzi, avril 2026

 

Wagner vu par Jaap van Zweden

Les admirateurs du chef néerlandais Jaap van Zweden, grand interprète de Wagner, seront comblés dans les prochaines semaines.

Anvers – Salle Reine Elisabeth, 25 avril 2026
Jaap van Zweden dirigera le premier acte de La Walkyrie* à la tête de l’Orchestre symphonique d’Anvers. La distribution réunit Anja Kampe (Sieglinde), Stuart Skelton (Siegmund) et Ante Jerkunica (Hunding).
Tous les détails ici.

Montpellier – Opéra Berlioz / Le Corum, 11 juillet 2026
Inséparable, le duo Anja Kampe et Stuart Skelton, rejoint une fois encore par Jaap van Zweden, retrouvera cette fois l’Orchestre national de France pour une exécution exceptionnelle de Tristan und Isolde en version de concert au Festival Radio France Occitanie Montpellier.
Plus d’informations ici.