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Le Crépuscule à l’Opéra de Paris

Durant la dernière journée du Ring, Siegfried parcourt le monde pour accomplir de nouveaux et derniers exploits : il tombe dans un sinistre complot. La chute des dieux est devenue inéluctable. En attendant le festival Wagner et ses deux cycle complet du Ring, voici d’abord le Crepuscule en pièce isolée. La production, très discutée ou décriée, est toujours signée par Calixto Bieito, mais cela n’empêche pas la location d’être complète. L’orchestre sera dirigé par Pablo Heras-Casado avec Andreas Schager (Siegfried) et Tamara Wilson (Brünnhilde). Inutile de préciser qu’en dehors des retours (voir offre de places dans les Nouvelles du Cercle), l’espoir d’avoir une place est dès plus minces…

Informations sur le site de l’Opéra de Paris.

Entretien entre Alexander Neefs et Pablo Heras-Casado sur le Crépuscule de l’Opéra de Paris.

Quatre cycles du Ring à Covent Garden

Pour la première fois, le Royal Opera House, Covent Garden présentera dans son intégralité le Ring mis en scène par Barrie Kosky. L’Or du Rhin, La Walkyrie, Siegfried et Le Crépuscule des dieux s’enchaîneront ainsi au cours d’une même semaine, donnant à voir dans toute son ampleur la tétralogie wagnérienne.

Quatre cycle complet sont prévus entre le 4 octobre et le 1er novembre 2027 : cycle 1 – du 4 au 10 octobre, cycle 2 – du 11 au 17 octobre, cycle 3 – du 18 au 24 octobre, cycle 4 – du 25 octobre au 1er novembre.

À la tête de cette fresque monumentale de quelque quinze heures, Jakub Hrůša, directeur musical du Royal Opera, retrouvera plusieurs des chanteurs qui ont marqué les distributions originales de la production. Christopher Maltman, Elisabet Strid, Andreas Schager, Stanislas de Barbeyrac et Natalya Romaniw.

L’ouverture générale de la location est prévue le 17 mars 2027.

Plus d’information sur le site du Royal Ballet & Opera, Covent Garden

Stanislas de Barbeyrac débute dans Parsifal (ROH)

Après une prise de rôle & Opera remarquée comme Sigmund dans la Walkyrie (Londres et Paris), Stanislas de Barbeyrac fait ses débuts dans le rôle de Parsifal au Royal Ballet and Opera – Covent Garden. La production, audacieuse selon le site de la maison d’opéra est signée du metteur en scène scène Evgeny Titov. La distribution comprend aussi Christian Gerhaher (Amfortas), Ekaterina Gubanova en Klingsor Ekaterina (Kundry) et Brindley Sherratt (Gurnemanz). Le directeur musical maison, Jakub Hrůša sera chargé de faire briller toute la magie de l’orchestre wagnérien.

Qui est Evgeny Titov ?

Né au Kazakhstan, formé comme acteur à Saint‑Pétersbourg puis comme metteur en scène à Vienne, Titov s’est imposé rapidement sur les grandes scènes européennes. Après des débuts remarqués dans le théâtre parlé, il s’est tourné vers l’opéra, où son ascension a été rapide : Lady Macbeth de Mtsensk à Wiesbaden, Oedipe à Berlin, puis Wozzeck à Graz et Trois Soeurs de Peter Eötvös à Salzbourg. Evgeny Titov fait ses débuts, en octobre 2026, au Royal Opera House – Covent Garden avec une nouvelle production de Parsifal, son deuxième Wagner, après Tannhäuser en 2024.

Quel Parsifal ?

Dans une rencontre pour le magazine de la maison d’opéra londonienne, Evgeny Titov dit qu’aborder Parsifal revient à se confronter à l’un des monuments les plus ambigus de l’histoire de l’opéra. Wagner y déploie une musique d’une spiritualité singulière, « une volonté derrière la musique », dit Titov, une force qui cherche à transmettre une vision du monde plus qu’à illustrer un récit. Parsifal n’est pas une œuvre religieuse au sens strict, mais elle est saturée de symboles, de rites, de métaphores sur la pureté, la faute, la rédemption — autant de thèmes qui, pour Titov, ne peuvent être abordés sans un regard critique.

Parsifal vu comme une transposition moderne d’un récit fondateur : celui d’Adam et Ève, de la chute, de l’exil hors du paradis et de la culpabilité attribuée à la femme. Cette lecture n’est pas nouvelle dans les études wagnériennes, mais Titov la pousse plus loin : il considère que Wagner, en reprenant la figure de Kundry comme femme « déchue », condamnée à errer pour une faute originelle, reproduit un schéma narratif profondément ancré dans la culture européenne.

« Nous, Européens, vivons dans un contexte culturel très influencé par la religion », nous dit Titov

Pour lui, les mythes bibliques — qu’on les accepte ou non — structurent encore nos fêtes, nos images, nos récits familiaux. Noël, Pâques, les fresques de la chapelle Sixtine : autant de manifestations d’un imaginaire où la femme porte la responsabilité de la chute de l’humanité. Wagner, génie musical incontestable, n’échappe pas à cette matrice culturelle.
Titov insiste sur le caractère « primitif, sexiste » du récit originel. Kundry, dans Parsifal, incarne cette culpabilité ancestrale : elle est à la fois tentatrice, servante, pénitente, prophétesse, victime et bourreau. Wagner lui confère une densité psychologique immense, mais la structure du mythe demeure : Parsifal est le « pur », l’innocent, celui qui doit résister à la femme pour sauver la communauté du Graal. Pour autant, il ne faut pas rejeter l’œuvre : Totov dit la regarder avec lucidité, en artiste conscient des implications idéologiques de ce qu’il met en scène. Il ne cherche pas à « corriger » Wagner, mais à révéler les tensions internes de l’œuvre, à les rendre visibles.

La musique de Wagner n’est pas religieuse, mais « imbibée de spiritualité ». Cette nuance est essentielle : Parsifal n’est pas un opéra chrétien, mais une méditation sur la compassion, la souffrance, la guérison, la possibilité d’un salut intérieur. Wagner invente une liturgie esthétique, une dramaturgie du sacré qui dépasse les dogmes. Le metteur en scène semble fasciné par cette dimension : la musique, dit-il, « veut nous dire quelque chose ». Elle enveloppe, elle guide, elle impose une atmosphère de rite. C’est précisément cette puissance qui rend nécessaire une mise en scène consciente de ses implications.

Une transposition contemporaine : dystopie, communauté fermée, Big Brother

Pour répondre à cette tension entre spiritualité et idéologie, Titov choisit de situer son Parsifal dans une communauté close, presque sectaire, dont les décors monumentaux d’Étienne Pluss évoquent une dystopie de science‑fiction. Klingsor devient une figure omnisciente, un « Big Brother » qui observe, manipule, surveille. Cette transposition n’est pas un simple effet esthétique : elle permet de montrer que les récits fondateurs — même ceux qui semblent lointains — continuent de structurer nos sociétés modernes. La faute, la pureté, la surveillance, la rédemption : autant de thèmes qui résonnent dans un monde obsédé par le contrôle et la moral.

D’après Erica JEAL. Profile : Evgeny Totov IN Royal Ballet and Opera Magazine, Autumn 2026, p. 18 – 23.

 

Informations sur le site du Royal Ballet & Opera – Covent Garden