La Monnaie : le Ring

Nous sommes en 1876. C’est l’été. Un nouveau chapitre décisif de l’histoire de l’opéra est en train de s’écrire… La première de Der Ring des Nibelungen, la tétralogie de Richard Wagner, à la Festspielhaus de Bayreuth – salle construite spécialement pour accueillir le magnum opus du compositeur – a constitué une véritable révolution esthétique, philosophique et, surtout, artistique. C’est avec ce « festival scénique » (Bühnenfestspiel), regroupant Das Rheingold, Die Walküre, Siegfried et Götterdämmerung, que Richard Wagner a mis en pratique sa nouvelle vision de l’opéra en tant qu’art total.

Encore aujourd’hui, la mise en scène du Ring représente un défi pour toute maison d’opéra. La Monnaie s’apprête à le relever pour la première fois depuis les années 1980, sous l’impulsion de deux figures de proue de sa famille artistique, qui uniront leurs forces pour la première fois : le chef d’orchestre Alain Altinoglu et le metteur en scène Romeo Castellucci. Il s’agira, pour les deux hommes, de leur première confrontation avec ce monument lyrique, à travers quatre productions étalées sur deux saisons.

Conçu comme la première partie du projet (ou Vorabend), Das Rheingold est un prologue – à la fois musical et narratif – au reste de la tétralogie. Aussi bien le motif du Rhin, qui monte en puissance dès le début de la partition, que toutes les autres scènes donnent le ton des trois drames musicaux à venir. Le récit de Das Rheingold se concentre sur l’or contenu dans les eaux sombres du Rhin, qui jette une malédiction sur le monde par l’intermédiaire de ses différents possesseurs (le nain Alberich, le dieu suprême Wotan et les frères géants Fasolt et Fafner). Pour cette œuvre et l’ensemble des trois autres, Wagner puise son inspiration dans la mythologie nordique (germanique et scandinave) et dans le Nibelungenlied allemand, épopée réunissant un total de trente-quatre personnages qui racontent la dégénérescence du monde par le renoncement à l’amour au profit d’une quête de pouvoir.

Pour le Ring, Wagner écrit ses quatre livrets dans un ordre antichronologique. Bien que Das Rheingold soit le premier des quatre drames, Wagner en rédige le livret en dernier, mais en compose la musique en premier. Das Rheingold est aussi la première pièce où Wagner a pu appliquer les principes théoriques de son Oper und Drama (1851). Pour beaucoup de musicologues, il s’agit même de l’œuvre dans laquelle il l’a fait le plus rigoureusement.

Wagner préférait le terme de drame musical à celui d’opéra qui, selon lui, désignait un genre dans lequel la musique était justement devenue l’objet d’expression au détriment de la dramaturgie. Pour lui, toutes les formes artistiques – musique, théâtre et poésie – doivent être réunies pour créer un drame. Les livrets de Wagner accordent une importance fondamentale aux mots dans l’expression théâtrale et musicale. Pour parvenir à une unité de langage dans cette partition colossale, le compositeur a éliminé la prédominance de la voix, et donc des chanteur·euses. L’expression spontanée, vocale, est d’ailleurs dépourvue de mélodie : elle est entièrement au service de la parole. C’est l’orchestre qui joue un rôle décisif dans cette nouvelle approche, celui du narrateur, à la manière du chœur dans le théâtre grec antique.

Dans sa mise en scène, Romeo Castellucci n’aborde pas le Ring de Wagner comme une structure unitaire. Chaque partie se voit attribuer une forme esthétique propre qui révèle le cœur du drame. Sa lecture épurée et symbolique de Das Rheingold ramène donc l’œuvre à son essence, combinant éléments naturels et abstraction. Il invite chaque spectateur·ice à se forger sa propre interprétation de la pièce. Ce faisant, le metteur en scène traite tous les protagonistes avec la même attention et sans ironie, en soulignant leurs grandes aspirations, les émotions et les pensées qui les animent : l’amour absolu et la quête de pouvoir.

(D’après de dossier de presse de la Monnaie.)

 

Opéra de Paris : Lohengrin

À l’Opéra Bastille, Lohengrin dans les horreurs de la guerre

Malgré le soin apporté à la réalisation, Kirill Serebrennikov, pour ses débuts à l’Opéra de Paris, signe un spectacle confus, sauvé par la direction musicale activiste d’Alexander Soddy et un plateau sans maillon faible, que domine le Lohengrin de Piotr Beczala.
La suite de l’article sur Diapason

 

« Lohengrin », le chien de guerre de Kirill Serebrennikov
La première mise en scène du cinéaste russe à l’Opéra de Paris a rencontré un accueil mitigé, malgré une réalisation scénique prenante et un magnifique plateau vocal.
La suite de l’article du Monde.

 

Royal Opera House, Covent Garden, Londres

Le Ring de l’Anthropo-scène

Le Royal Opera House ouvre sa saison en fanfare avec le Prologue du Ring des Nibelungen de Wagner. Un cycle qui s’étalera sur quatre saisons. Barrie Kosky signe la réalisation scénique et Antonio Pappano s’engage dans sa dernière grande entreprise avec la première institution lyrique britannique ; un projet qui l’emmènera donc au-delà du terme de son mandat, prévu en 2024. La première réussite est d’ailleurs musicale : le temps de répétition alloué par la fin de l’été et l’absence du ballet à l’affiche aura permis un travail méticuleux avec l’orchestre.
La suite de l’article sur Forum Opera

 

Das Rheingold at the Royal Opera review: this could be a Ring to savour as it unfolds in the coming years

Le défi de monter une nouvelle production du Ring de Wagner, fidèle à ses origines mythiques mais qui parle aussi de notre époque, est quelque chose auquel aucune maison d’opéra digne de ce nom ne veut se soustraire. En confiant son nouveau cycle au metteur en scène australien non-conformiste Barrie Kosky, Covent Garden pouvait s’assurer d’une présentation théâtrale vibrante. Et il y a suffisamment de trouvailles dans ce Rheingold pour promettre une expérience passionnante pour la suite du cycle.

L’invention la plus frappante de Kosky est l’incorporation d’une Terre Mère ratatinée (jouée avec humour par l’octogénaire Rose Knox-Peebles) qui est à la fois l’incarnation visuelle du crime initial de Wotan contre la nature et le témoin de la catastrophe écologique qui a suivi.
La suite sur le site de l’Evening Standard (en anglais).

 

Barrie Kosky’s Das Rheingold at the Royal Opera House – in pictures

Les images du spectacle sir le site du Guardian.