Dans Siegfried, les coupures se concentrent sur le Iᵉʳ acte, dans les longs échanges avec Mime avant la reconstitution de Notung : on réduit des reprises dialoguées et variations motiviques jugées redondantes, ce qui accélère l’action mais amoindrit la patiente construction des rapports entre les deux personnages. Dans Le Crépuscule des dieux, les coupures portent sur des segments de rappel narratif (notamment au II dans les scènes avec Gutrune et la conjuration de Hagen) et sur certaines transitions orchestrales, tout en laissant intactes les grandes arches structurelles (serment de sang, marche funèbre, immolation de Brünnhilde). Au total, un Ring avec Bodanzky et ces ajustements peut être raccourci d’environ une heure, ce qui l’adapte mieux aux contraintes de New York tout en conservant les « piliers » dramatiques.
Radio, fixation d’une tradition américaine et changement de paradigme
Les retransmissions radiophoniques du Met, inaugurées en 1931, jouent un rôle clé : elles diffusent largement ce Wagner resserré, tendu, rythmiquement vivant, porté par des artistes comme Melchior, Flagstad ou Leider, et fixent dans l’oreille du public américain une tradition wagnérienne « made in Met » marquée par tension dramatique et clarté radiophonique. La radio, en supprimant le support visuel, renforce la tendance à privilégier l’intelligibilité immédiate et à limiter les plages méditatives trop étirées, ce qui rend les Bodanzky cuts encore plus cohérents dans ce médium.
L’auteur montre ensuite comment, après 1939, l’essor de la musicologie critique, des éditions scientifiques et de l’enregistrement intégral renverse le paradigme : la partition devient un texte à respecter, les coupures autrefois « pragmatiques » sont requalifiées en altérations. Avec l’émergence de nouvelles générations de chanteurs capables de soutenir les versions intégrales, et sous l’influence de chefs comme Furtwängler ou Böhm, la norme se déplace vers l’exécution complète, reléguant les Bodanzky cuts au rang de témoins d’une phase révolue de l’histoire de l’interprétation wagnérienne
Lire l’article complet sur le site du Musée virtuel Richard Wagner
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