L’article analyse comment Adolphe Appia conçoit le théâtre comme un art vivant qui accomplit et dépasse Wagner en renouvelant radicalement la mise en scène, l’espace et la lumière.
Idée centrale
- Dépasser Wagner ne signifie pas le rejeter, mais libérer son idéal de l’œuvre d’art totale de ses conventions scéniques figées (toiles peintes, réalisme illusionniste) pour en dégager un principe vivant centré sur la présence de l’acteur, la lumière et le rythme musical.
- Appia transforme le projet wagnérien en « œuvre d’art commune » : la scène ne doit plus illustrer la musique, mais l’incarner dans un espace réel, habitable, sculpté par la lumière.
Parcours d’Appia et naissance d’une pensée
- Né à Genève en 1862, marqué par la maladie et un bégaiement, Appia développe une vision où la musique doit devenir visible par des formes vivantes.
- Après l’enthousiasme de Parsifal à Bayreuth et la déception d’un Ring figé, il rédige des essais fondateurs (La Mise en scène du drame wagnérien, La Musique et la mise en scène) où l’espace scénique est pensé comme projection du temps musical.
Critique du wagnérisme figé
- Appia dénonce le Bayreuth de Cosima Wagner, devenu sanctuaire de la reproduction littérale des mises en scène originelles, contraire à l’esprit de l’art vivant voulu par Wagner.
- Il oppose à la toile peinte un espace volumétrique et à la décoration une architecture animée par la lumière, seul élément scénique réellement vivant, capable d’unifier musique, corps et espace.
La « révolution appienne »
Le texte expose trois axes majeurs :
- Centralité du corps de l’acteur, conçu comme centre rythmique de l’œuvre scénique.
- Remplacement du décor illustratif par des volumes simples (marches, plateaux, plans) organisés selon la durée musicale.
- Élévation de la lumière au rang de principe dramatique autonome, interprétant les climats et le rythme de la musique.
Appia y invente de fait la mise en scène moderne et le rôle créateur du metteur en scène/régisseur.
Expérimentations et collaborations
- L’article décrit les maquettes de décor pour Wagner (Tristan, Ring) comme des tentatives de traduire visuellement la musique par l’architecture lumineuse.
- La collaboration avec Émile Jaques-Dalcroze à Hellerau (rythmique, Orphée de Gluck) est présentée comme la réalisation la plus concrète de ses idées : corps rythmique, espace dépouillé, lumière modulée.
Héritage et conclusion
- L’auteur, Nicolas Crapanne, montre l’influence souterraine d’Appia sur Wieland Wagner (Nouveau Bayreuth), Craig, Copeau, Meyerhold, Artaud, la scénographie moderne, jusqu’aux dispositifs numériques et immersifs.
- La conclusion insiste sur le « dépassement comme accomplissement » : Appia n’attaque pas Wagner, il accomplit son projet en faisant passer l’art total de la forme monumentale à un théâtre vivant, en perpétuelle métamorphose, où la vie l’emporte sur la reproduction.
