© Monika-Rittershaus : Elisabet Strid, Stanislas de Barbeyrac - Die Walkure, RBO ©2025-

Stanislas de Barbeyrac

Après m’avoir entendu chanter Max au Barbican Center, le directeur de casting du Royal Opera House m’a proposé une séance de travail sur Siegmund avec Antonio Pappano. L’idée me paraissait insensée — mais j’ai accepté. Ces deux heures passées auprès du chef, au piano, furent une véritable révélation. Sa bienveillance, son enthousiasme communicatif, sa connaissance prodigieuse des œuvres et des voix m’ont immédiatement mis à l’aise. En quelques instants, il a su m’aider à identifier mes forces et mes faiblesses, à comprendre comment aborder l’ascension de ce rôle redoutable.

Trois ans plus tard, au moment des répétitions, j’ai retrouvé chez lui les mêmes qualités : une curiosité enfantine mêlée au professionnalisme absolu de celui qui perçoit chaque détail d’un spectacle, dans le respect profond du travail des équipes artistiques et techniques.

Jamais je n’ai eu l’impression de courir un marathon lesté d’un sac de quarante kilos, comme je le redoutais. Le premier acte, largement parlé-chanté, ménage la voix ; et « Winterstürme » s’aborde presque comme un lied de Schubert. Avec un metteur en scène tel que Barrie Kosky, qui exige une intensité physique extrême, c’est un atout précieux. Cette liberté m’a permis d’explorer toute la brutalité primitive de cet homme surgissant de nulle part — un être quasi sauvage qui, peu à peu, accède à une révélation à la fois charnelle et spirituelle. Ce parcours d’un être qui s’éveille au monde et s’éduque lui-même reste, à mes yeux, l’une des clefs les plus profondes du rôle.

(Extrait de Diapason)