Stuart Skelton, ténor
Je chante Siegmund dans Die Walküre depuis 20 ans et je ne m’en lasse jamais. Que ce soit en concert ou lors d’une série théâtrale, il n’y a rien de routinier là-dedans.
En fait, certains de mes passages préférés du cycle ne sont pas dans Die Walküre. Il se passe tellement de choses fascinantes — et on peut entendre la philosophie musicale de Wagner évoluer au fil du temps.
L’orchestration de Das Rheingold et Die Walküre reste très proche de celle du Vaisseau fantôme, de Tannhäuser ou de Lohengrin, où les lignes vocales sont doublées par les cordes. Mais dans Siegfried et Götterdämmerung, le style de Wagner a évolué et le doublage se fait avec les cuivres. Résultat : une atmosphère très différente pour le public — beaucoup plus grandiose, épique, monumentale — et un défi très différent pour les chanteurs.
La fin de Götterdämmerung est, pour moi, la partie la plus captivante de tout le cycle. On entend le motif du Valhalla à l’envers, on entend le fleuve, et toutes sortes de matériaux des 14 heures précédentes, tout cela en même temps. Puis, un à un, ces leitmotivs disparaissent, ne laissant que le motif de la rédemption (Liebeserlösung) entendu pour la première fois à la fin de Die Walküre — et jamais depuis. Autour, tout se passe : le fleuve revient, l’or est rendu, Valhalla brûle. Certaines choses vont à rebours, se défont, et tout culmine avec le motif de la rédemption — et c’est là que tout s’achève. C’est sûrement l’un des plus grands moments de l’histoire du théâtre musical.
