Préface de Claude Ledoux, compositeur / professeur
De l’art total à l’universel. Ce livre aurait pu s’appeler Le symbolisme musical à Bruxelles de la fin du XIXe siècle jà 1914. Pourtant avec un titre plus global visant l’universel, il s’agit davantage d’évoquer une trajectoire où la musique, source essentielle, voire principale du mouvement symboliste et Art Nouveau, ensemence au-delà de l’artistique, pour nourrir des enjeux… comme l’organisation du vivre ensemble… et même les droits universels.
Mais ce n’est pas un essai, c’est une balade faite en excellente compagnie celle d’Henri La Fontaine. Musiciens, homme politique, grand militant du pacifisme, prix Nobel de la Paix, il se dévoile ici en tant qu’acteur majeur de ce Bruxelles Art Nouveau musical. Comme toute balade, on y croise des gens, on sympathise (ou pas) et un autre compagnon de route se joindra parfois au récit : Jean Delville. Peintre, animateur artistique et grand penseur du symbolisme dans sa composante la plus initiée : l’Idéalisme. Et ça tombe bien, La Fontaine et Delville se connaissent et se voient chaque semaine : ils sont tous deux dans la même loge, celle des ‘Amis Philanthropes’.
Cette balade se structure en plusieurs étapes. La première parlera de ce Bruxelles musical à l’heure wagnérienne – de ce Bruxelles qui se découvre émancipé des horizons parisiens. D’un Bruxelles qui fera du langage symboliste, une esthétique majeure de son paysage, de sa pensée.
En seconde étape, le sujet se veut plus précis explorant des zones musicales ‘rares’, échappant à l’omni puissance du positivisme, de la raison triomphante ou de la maîtrise des passions… Il s’agira ici d’entrevoir une fin-de-siècle ‘parallèle’, moins ostentatoire qui découvre le mot ‘inconscient’ et l’enrichit de celui d’onirisme… et d’ésotérisme.
L’AUTEUR :
Orientaliste, musicien et musicologue, Roland Van der Hoeven (1964) a défendu avec succès une thèse sur le Théâtre de la Monnaie au XIXe siècle (1999). Sa carrière professionnelle se partagea ensuite entre deux pôles complémentaires : la gestion culturelle au Ministère de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles et la recherche universitaire. Il dirige actuellement le Service général de la création artistique et enseigne à l’Université de Liège.
D’après le site de l’éditeur Fondation Henri de la Fontaine.
Édouard Schuré
Lettres de Bayreuth
Richard Wagner et le premier Festival
Correspondance inédite (1873-1883)
Ce qu’il y avait de tout aussi étonnant c’était de le voir jouer et mimer tout cela. Sa figure se transforme selon les personnages et passe d’une inspiration sublime à une furie démoniaque. Il se démène sur son piano comme une bête féroce sur sa proie. Il faut l’entendre murmurer de sa voix caverneuse qui a les plus étranges intonations le lugubre et mystérieux chant des Nornes qui tissent les destinées des héros, ou rugir le chant de Hagen et le tumulte guerrier [,] rendre d’une voix sourde et saccadée l’effroi, l’imprécation concentrée de Brünnhilde ou l’adieu vraiment divin de Siegfried mourant. Puis le voir sauter du piano et couper court à toute émotion par une avalanche de gros mots, de calembours et de familiarités.
1876 – 2026
150 ans du Festival Bayreuth
Si tout a déjà été dit sur Richard Wagner, rares sont les témoignages de première main. Au fil de plus de cinquante lettres inédites adressées entre 1873 et 1883 à son âme sœur, Marguerite Mignaty, et complétées d’extraits de son journal intime, Édouard Schuré — qui rencontra le compositeur en 1865 et se vit aussitôt accueilli dans son cercle intime — fait revivre une époque charnière de l’histoire musicale européenne : le premier Festival de Bayreuth.
Admiratif de l’artiste mais critique envers l’homme, voilà ce wagnériste de la première heure convié à des soirées et à des représentations privées, invité aux répétitions, consulté par le Maître. Il dépeint son entourage bigarré — où l’on croise, entre autres, Liszt, Nietzsche, Saint-Saëns et Louis II de Bavière —, consigne ses triomphes et ses déboires, suit et commente l’élaboration du théâtre de Bayreuth, inauguré en 1876, apothéose de l’entreprise wagnérienne, et fait partie des premiers et rares Français à assister au Festival.
Double portrait de deux artistes en quête d’idéal, cet ensemble inédit, introduit par des spécialistes de Wagner et de Schuré, apporte un éclairage nouveau sur celui qu’on avait surnommé le « Magicien de Bayreuth », ici dépeint au travail ou en proie aux affres de la création. Dans des lettres fourmillant d’informations depuis la scène jusqu’aux coulisses, en passant par le public, Schuré fait défiler les protagonistes comme les personnages secondaires d’une épopée musicale unique. Dans un mouvement d’aimantation et de recul par rapport à Wagner — humain trop humain —, il dégage les grands principes d’une Œuvre à la vocation messianique qui se révèle dans toute sa complexité et ses soubresauts.
Nicole G. Albert
Édition établie et présentée par Samuel Kunkel. Contributions de Nicolas Dufetel et Adeline Heck.


