© Photo: Jean-Paul Mullier - Le piano de Richard Wagner lors du concert de présentation de l'instrument restauré par l'Atelier Chris Maene (Belgique)

Qu’est-ce qui rend ce piano de concert si exceptionnel ?

Le piano de concert de Richard Wagner, numéro de série 34304, appartient à la prestigieuse génération des « Centennial Grand Plate Design » de Steinway & Sons, conçue pour l’Exposition universelle de Philadelphie en 1876. Les innovations et brevets alors mis au point par Steinway se retrouvent encore dans l’actuel piano de concert Steinway modèle D. Ils ont profondément marqué l’évolution de la facture pianistique.

Daté de 1876, l’instrument est contemporain de la première édition du Festival de Bayreuth, fondé par Wagner. Il fut conservé à Wahnfried, la maison du compositeur à Bayreuth. Il a déjà subi deux interventions de modernisation. Il faut savoir que les pianos à queue sont généralement beaucoup moins résistants que les violons anciens ; les instruments à clavier du XIXe siècle sont souvent à peine jouables. Des fissures de fatigue apparaissent fréquemment dans le cadre en acier auquel sont fixées les cordes.

En 2025, le Musée Richard Wagner de Bayreuth en a confié la restauration à l’Atelier Chris Maene, qui a entrepris un travail approfondi, fidèle à l’esprit historique de l’instrument et, dans la mesure du possible, à ses matériaux et techniques d’origine.

La restauration

La restauration authentique de pianos historiques requiert une alliance peu commune de savoir historique, d’expertise technique et d’une longue pratique d’atelier. Trois principes en fixent le cadre :

  • préserver l’instrument autant que possible dans son état originel ;
  • reconstituer à la main les éléments manquants ou altérés, sur le modèle d’instruments historiques comparables ;
  • s’interdire tout recours à des techniques ou à des matériaux postérieurs à l’année de fabrication.

Depuis 1938, cet art s’est développé au sein de l’Atelier Chris Maene, notamment à travers la fabrication de répliques historiques et la constitution d’une collection de pianos anciens. L’entreprise et son atelier s’est imposé comme une référence dans la restauration d’instruments historiques.

Pour ce piano d’une importance historique exceptionnelle, l’Atelier a mobilisé tous les moyens nécessaires afin de le restituer au plus près de son état d’origine. Toutes les modifications postérieures à 1876 qui ne figuraient pas sur l’instrument ont ainsi été supprimées avec le plus grand soin.

La table d’harmonie : le cœur de l’instrument

L’élément le plus délicat à restaurer fut la table d’harmonie, véritable cœur vibrant du piano à queue et source de son identité sonore.

Après le retrait du vernis polyester moderne posé lors d’une intervention antérieure, la table d’harmonie — dont les fissures avaient été réparées à deux reprises au moyen de flipots collés — a été déposée avec une extrême prudence à l’aide de techniques spécialisées.

En raison d’une déformation en pression négative, toutes les barres de renfort ont dû être déposées. Les planches constituant la table ont ensuite été restaurées séparément, avant d’être réassemblées à la colle d’os.

Après séchage, les barres ont été replacées sous la table, qui a été remontée dans la caisse de résonance puis polie à la main selon les méthodes traditionnelles.

L’ensemble de la restauration a été conduit dans un respect rigoureux des matériaux, des techniques et de l’esthétique historiques, jusqu’à la préservation de la patine du cadre métallique et du meuble.

Remise en place du cadre, des cordes et réglage de la mécanique

Le positionnement exact du cadre métallique, comme la pression exercée par les cordes sur les chevalets de la table d’harmonie, conditionne en grande partie la qualité lyrique de l’instrument. Le choix du cordage, lui aussi, influe fortement sur le caractère sonore. Les cordes modernes ont été remplacées par des cordes Paulello, conçues spécialement pour les instruments du XIXe siècle. Les cordes graves, initialement filées au fil de fer, ont été entièrement reconstruites selon les usages en vigueur au moment de la fabrication du modèle historique. Enfin, toutes les pièces de la mécanique ont été remontées et réglées avec une extrême précision afin de retrouver le timbre spécifique et le toucher de 1876. Selon le site d’Antenne Bayern, une radio privée locale bavaroise, le musée Wagner a estimé le coût de la restauration à 41 000 €. À titre de comparaison, un piano à queue de concert Steinway actuel, de 2,74 mètres de long, coûte neuf bien plus de 200 000 €.

Concert d’inauguration

Le piano a été présenté au public lors d’un concert organisé à l’Atelier Maene le 8 mai 2026, avec le pianiste français Frank Braley, premier lauréat du Concours musical international Reine Élisabeth de Belgique en 1991 et professeur à la Chapelle Musicale Reine Élisabeth, à Waterloo. Le programme réunissait des œuvres de Schubert, Beethoven, Wagner, Liszt et Debussy.

Après le concert à Ruiselede, le piano retournera en Allemagne, où il retrouvera sa place dans la maison historique de Wagner.

Atelier Chris Maene — Industriestraat 42, 8755 Ruiselede, Belgique.

 

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