ROSALIE UND WAGNER

Rosalie et Wagner. lumière – mythe – matière

Du 20 octobre 2020 au 3 octobre 2021, le musée Richard Wagner présente une exposition posthume complète sur le travail de la scénographe, peintre et éclairagiste Rosalie.

 

L’artiste de renommée internationale Rosalie est décédée le 12 juin 2017. Sa mort soudaine a mis un terme abrupt aux projets alors en cours pour un projet d’exposition au Musée Richard Wagner. En 2020, l’œuvre importante de l’artiste de Stuttgart sera mise à l’honneur dans une vaste exposition à Bayreuth, le lieu de sa plus grande réussite en tant que scénographe. L’exposition s’ouvre ainsi un quart de siècle après l’Anneau du Nibelung, que Rosalie a mis en scène de façon spectaculaire en tant que décoratrice et costumière. Après un examen approfondi de son patrimoine artistique, le musée Richard Wagner réalise cette exposition en coopération avec l’atelier rosalie et son directeur Thomas Jürgens.

 

Pour plus d’information sur l’exposition « rosalie und wagner »

 

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NOUVELLES DE LYON

 

Pascal Bouteldja, nous informe que les adhérents du Cercle Richard Wagner- Lyon et ceux de la Société philharmonique de Lyon ont pu assister à la lecture théâtrale, par le comédien Xavier Jacquelin, de la nouvelle de Richard Wagner, « Une Visite à Beethoven ».

Pour ceux qui n’ont pu venir redécouvrir cette œuvre fictionnelle de Richard Wagner, voici un court texte de présentation.

« UNE VISITE à BEETHOVEN » : NOUVELLE DE RICHARD WAGNER

Lors de son premier séjour à Paris, de septembre 1839 à avril 1842, Richard Wagner, qui cherchait à conquérir la capitale musicale de l’Europe de l’époque, survit en effectuant de nombreux travaux musicaux alimentaires (corrections d’épreuves, transcriptions) pour l’éditeur de musique Maurice Schlesinger (1798-1871) dont une série d’arrangements d’opéras à la mode pour divers instruments. A la demande de ce dernier, il écrivit onze textes pour la Revue et Gazette musicale de Paris, dont la version française fut confiée au traducteur attitré de la publication, Henri-Joseph Duesberg (1793-1884). Trois de ces textes sont des nouvelles et constituent les seules œuvres littéraires de fiction de Richard Wagner : « Une visite à Beethoven, épisode de la vie d’un musicien allemand », « Un musicien étranger à Paris » et « Une soirée heureuse, fantaisie sur la musique pittoresque ». Et c’est grâce à elles, que Wagner fut d’abord connu à Paris, non comme musicien mais comme écrivain…

Parmi ces trois récits, le premier, « Un pèlerinage chez Beethoven » pour reprendre le titre de la version allemande ultérieure, a d’abord paru dans la Revue et Gazette musicale de Paris des 19, 22 et 29 novembre et 3 décembre 1840, sans indication de traducteur. La publication de cette nouvelle fit sensation et remporta un succès exceptionnel. Berlioz lui-même s’en émut et accorda quelques lignes dans un de ses feuilletons du Journal des Débats : « On lira longtemps celle de M. Wagner, intitulée une Visite à Beethoven » (6 décembre 1840). L’éditeur lui proposa de publier une autre, qu’il intitulera « Un musicien étranger à Paris » (31 janvier et 11 février 1841), récit formé de dialogues contenant une critique acerbe de la société parisienne, où l’on trouve la fameuse phrase : « Je crois en Dieu, en Mozart et en Beethoven ». Mais le compositeur méconnu se vengeait surtout de toutes les vexations qui lui avaient été infligées. Et il est vrai que Wagner n’eut guère besoin de forcer son imagination pour écrire une nouvelle qui raconte les déboires de ce jeune et miséreux musicien étranger à Paris, auquel il ne restait plus rien, pas même son chien, ce Terre-Neuve, Robber, qui un soir, n’était pas revenu. On comprend pourquoi la publication de son malheureux commis ne plut pas autant à son employeur Schlesinger que la première. Toutefois, elle lui attira l’estime d’Heinrich Heine, qui aurait dit que E.T.A Hoffmann n’aurait jamais pu écrire quelque chose de semblable. Sans doute était-ce exagéré voire même ironique.

Stimulé par ce succès littéraire, Wagner publiera ensuite une version allemande de ces deux nouvelles, qui comporte un certain nombre de différences notoires et des corrections de style, dans la Dresde Abend-Zeitung, du 30 juillet au 5 août 1841 sous la rubrique « Deux époques de la vie d’un musicien allemand » avec comme sous-titre : « D’après les papiers d’un musicien décédé ». Une ultime nouvelle, « Une soirée heureuse » (14 octobre et 7 novembre 1841), conclura cette trilogie. Un dernier salut au mystérieux et malheureux compositeur allemand, R…, à l’imaginaire et à l’Anglais maudit qu’on retrouve d’une chronique à l’autre.

Heureusement, Wagner aura une fin moins dramatique dans la capitale inhospitalière que le pauvre musicien allemand de la nouvelle. Rienzi, son grand opéra historique avait été accepté à l’Opéra de Dresde et le Hollandais volant à Berlin. Le 17 avril 1842, Wagner et son épouse Minna quittèrent le 27 de l’avenue du Château, à Meudon, leur dernier domicile de ce premier séjour en France. Les rancœurs de l’artiste étaient loin de s’être apaisées.

Toutefois, en ces temps de misère, d’humiliation et de profond dégoût, allait s’accomplir une des plus extraordinaires évolutions de l’histoire de la Musique. Quelques mois seulement séparent l’achèvement de Rienzi et la composition du Hollandais volant ; quelques mois entre ce grand opéra historique pompeux et cet opéra romantique, empreint de l’inimitable poésie wagnérienne.

Ces articles, dans leur version allemande revue et corrigée par ses soins, seront ultérieurement réunis par Wagner dans le premier volume de son œuvre littéraire complète, publiée par E.-W. Fritsch, à Leipzig, en 10 volumes (1871-1883 (le volume 10 fut publié à titre posthume) sous le titre Richard Wagner Gesammelte Schriften und Dichtungen. Sept textes de la période parisienne y figurent sous le titre « Un musicien étranger à Paris. Nouvelles et essais, 1840-1841 ».

Cette « Visite à Beethoven » constitue assurément l’un des meilleurs écrits en prose de Richard Wagner et peut rivaliser sans complexe avec les feuilletons musicaux de l’époque les plus réussis. Il est certain qu’en dehors de quelques passages humoristiques de son autobiographie, Ma Vie, il n’écrira rien d’aussi bon dans ce domaine. Cette nouvelle pleine d’ironie, débute par le récit des déboires d’un jeune idéaliste Allemand dont le projet est de rencontrer à Vienne son idole, mais qu’un un Anglais importun ne cesse de contrecarrer. Quand le jeune artiste, nommé R…, parvient enfin à se faire recevoir par Beethoven, celui-ci développe au cours de la conversation une conception toute nouvelle du drame musical, et insiste déjà sur le glissement des genres instrumentaux vers les genres vocaux dans la Neuvième Symphonie ; conception qui ressemble de façon suspecte à la future théorie wagnérienne.

Le futur auteur de Tristan s’instituait comme exécuteur testamentaire de Beethoven avant même que quiconque ait pu pressentir quel était son but ! Ce que résuma le romancier Jules Champfleury (1821-1889) en ces termes : « Mais de tous ces morceaux littéraires, pas un ne m’a autant frappé que le conte très remarquable intitulé : Une Visite à Beethoven. Je ne parle pas de la composition du conte en lui-même, mais bien de certaines théories y incluses qui sont la révélation de l’idée que Wagner allait poursuivre dans Tannhäuser, Lohengrin et autres opéras. »

Certes, cette « visite à Beethoven » n’a jamais eu lieu. C’est à Prague, peu de temps après la mort de Beethoven le 26 mars 1827, que Wagner âgé de quatorze ans apprit, bouleversé, la nouvelle de la disparition de Beethoven par l’une de ses sœurs, après avoir découvert l’ouverture de Fidelio l’année précédente. Il écrit dans son autobiographie : « Le chagrin que me causa la disparition de ce compositeur, qui venait d’entrer dans mon existence de façon si vivante, se joignit à l’impression incompréhensiblement douloureuse que me fit la mort de Weber ». Ce voyage au pays de la mémoire et du souvenir de Beethoven, Wagner le poursuivra sans cesse. Dès son adolescence puis tout au long de son existence, les œuvres et le génie du maître de Bonn accompagnèrent celui de Bayreuth, interrogeant sans relâche l’œuvre immortelle de son prédécesseur.

Pascal Bouteldja

Bibliographie (sélection)

Une visite à Beethoven. Épisode de la vie d’un musicien allemand.

In : CHAMPFLEURY : Grandes figures d’hier et d’aujourd’hui.

Paris, Poulet-Malassis et de Broise, 1861, pp. 135-159

Une visite à Beethoven.

In : Œuvres en prose de Richard Wagner. Tome I. Traduit en français par J.G. Prod’homme.

Paris, Librairie Charles Delagrave, 1907, pp. 60-95

Une visite à Beethoven.

In : Un musicien étranger à Paris. Préface de Renée Cariven-Galharret.

Paris, Edition des Cendres, 1989, pp. 19-44

Une visite à Beethoven. Épisode de la vie d’un musicien allemand.

In : Un musicien étranger à Paris. Nouvelles musicales précédé d’une Esquisse autobiographique. Édition d’Emmanuel Favaudière.

Toulouse, Éditions Ombres, 2012, pp. 35-67