Fanny Chassain-Pichon
De Wagner à Hitler
Portrait en miroir d’une histoire allemande
Préface d’Edouard Husson.

Paris, Editions Passés / Composés, 2020 – 304 pages – ISBN 978-2-3793-3069-8 – 22 €

Le mot de l’éditeur

Si Richard Wagner est célébré pour le génie de sa musique, il est également l’auteur de textes en prose profondément antisémites, rassemblés dans ses Œuvres complètes. Or ces essais eurent un puissant impact, tout comme l’esthétique de ses opéras, sur Adolf Hitler. Né six ans après la mort du compositeur, il avait pris, depuis l’adolescence, l’auteur de L’Anneau du Nibelung pour modèle.

Pour mieux cerner la place du compositeur dans l’idéologie nazie et la pensée du Führer, et dans le sillage des analyses selon lesquelles l’histoire allemande a pris « un chemin particulier » entre 1850 et 1950 au sein de la modernité occidentale, Fanny Chassain-Pichon croise les parcours des deux hommes. Elle montre comment chaque période de la vie de Wagner a pu être, à l’âge équivalent, une inspiration pour Hitler, et ce jusque dans la mise en scène de sa propre mort. On comprend ainsi comment la passion esthétique d’Hitler, née à la source wagnérienne, eut une influence considérable sur l’idéologie du IIIe Reich.

Lire un extrait sur le site de l’éditeur.

Critique parue dans le magazine Histoire et civilisations de décembre 2020

Cet ouvrage se compose comme une étude en miroir, qui met en vis-à-vis le compositeur allemand Richard Wagner, disparu en 1883, et Adolf Hitler, qui naît six années plus tard. Wagner est non seulement un génie musical avant-gardiste, mais aussi un essayiste prolixe, qui traite de l’art, de l’esthétique, de la philosophie et de la politique. Parti d’une adhésion aux idéaux révolutionnaires de 1848, il se tourne ensuite vers une « germanité artistique » qui puise au tréfonds de la Kultur des élites allemandes. Le tout teinté fortement d’un antijudaïsme qui n’est pas encore racisé.

Adolf Hitler vouait une admiration sans borne à Wagner. À 12 ans, à Linz, il avait découvert l’opéra Lohengrin. Toute sa course au pouvoir, tout l’exercice qu’il en fit, il les mena en héros wagnérien, tel qu’il le concevait. Le point nodal, le cœur de son pouvoir était à Bayreuth, où Winifred, la belle-fille de Wagner, le recevait comme la réincarnation du Siegfried de la Tétralogie.

Fanny Chassain-Pichon se refuse à choisir son camp entre les antiwagnériens, qui font du compositeur l’inventeur de l’idéologie nazie, et les prowagnériens, qui l’absolvent de cette genèse. À la manière des biographies du Grec Plutarque, elle suit les deux hommes de la naissance à la mort. Son parti est, dans l’ensemble, convaincant, brillant même. Même s’il faudra longtemps encore se demander si le Wagner qui inspirait le Führer était bien le « bon » Wagner.

Jean-Joël Brégeon

Critique parue dans le numéro de septembre 2020 de la revue Études.

L’opacité des relations entre Richard Wagner et Adolf Hitler a été beaucoup travaillée, que ce soit à travers les figures imaginaires que le premier a créées dans son œuvre ou dans les relations troubles du festival de Bayreuth avec le dictateur allemand. Fanny Chassain-Pichon reprend le dossier en montrant à quel point l’idéologie et les écrits de Wagner ont marqué, voire construit, le monde imaginaire d’Hitler, jusqu’à informer sa manière de comprendre le réel, y compris sa mort. En reprenant de façon soigneuse les écrits des deux personnages, elle rappelle à quel point Hitler a été fasciné par le monde de Wagner et montre le parallélisme de leur rapport à la Révolution, de leur antisémitisme, de leur esthétisation du monde et de leur rêve de l’embrasement final. Jusqu’où Hitler s’est-il pensé comme celui qui allait donner une existence réelle au monde artistique du compositeur ? Mais celui-ci n’entretient-il pas, déjà, une relation très complexe au réel et à la religion, souhaitant « régénérer » le monde de l’art et, par lui, celui de la Cité, dans un rapport étrange au sang dont Parsifal est une expression particulièrement forte ? Le dossier est brûlant. Le reprendre aujourd’hui, c’est aussi poser la question difficile de la légitimité d’une œuvre par rapport à celle de son auteur. Fanny Chassain-Pichon ne va pas jusque-là : elle se contente de mettre en lumière certains éléments incontestables, mais sans analyser ni l’esthétique, ni le style musical wagnériens. Elle apporte ainsi de quoi nourrir la discussion.

Violaine Anger

 

Michał Piotr Mrozowicki
Richard Wagner et sa réception en France La Belle Époque (1893-1914)
Paris, Symétrie, février 2021. – 512 p.- ISBN 978-2-36485-097-2. – 37,00 €

Nous avons consacré les deux premiers volumes de notre étude, intitulée Du ressentiment à l’enthousiasme, aux aventures et mésaventures parisiennes et françaises de la musique de Wagner, au cours de la première décennie suivant la mort du compositeur.La création parisienne – et, en même temps, française, de La Walkyrie, ce second épisode de « la belle époque wagnérienne », eut lieu le 12 mai 1893. Dans les années suivantes, tous les autres grands ouvrages du maître allemand furent montés à Paris. Pour assister à des représentations wagnériennes, les Parisiens ne furent plus obligés de se déplacer, on les leur proposa « sur place », dans des mises en scène et des distributions souvent remarquables. Et, de plus en plus émerveillés, de plus en plus séduits par la musique, par l’art du grand réformateur du théâtre lyrique, ils répondirent massivement à ces invitations. En conséquence, les œuvres de Wagner constituèrent bientôt la part indispensable du répertoire de l’Opéra, sans laquelle la prospérité de celui-ci à la Belle Époque eût été inimaginable.Dans cette troisième partie de notre cycle, nous proposons à nos lecteurs surtout une chronique – abondamment documentée – de très nombreuses représentations parisiennes (et françaises) des œuvres de Richard Wagner à la Belle Époque. Car un tournant important dans la réception de Wagner à Paris, et, plus largement, en France, se produisit, en 1891 : on ne se contenta plus d’écrire sur lui, sur son art, sur ses œuvres, de les interpréter, bien ou mal, par la plume – on se mit à les exécuter, à les monter, à les interpréter orchestralement et vocalement. Grâce aux directeurs de théâtres, chefs d’­orchestres, metteurs en scène, chanteurs, les opéras et les drames lyriques de Wagner cessèrent d’être un fruit interdit ou accessible seulement à une certaine élite, et l’engouement pour Wagner en France put enfin se répandre.
Michał Piotr Mrozowicki

Préface de Pascal Bouteldja, président du Cercle Wagner-Lyon.

 

Bart Van Loo
Les Téméraires
Quand la Bourgogne défiait l’Europe
Traduction (Néerlandais) : Daniel Cunin, Isabelle Rosselin
Paris, Flammarion, 2010. – 688 p. – ISBN : 9782081509825. – 29 €

En 406-407, le roi Gondicaire mena 80 000 Burgondes jusqu’à la région de Worms ; on ne sait avec certitude si ce nombre correspond uniquement à des soldats ou représente l’ensemble de la population. En échange de la surveillance de la frontière, les Romains autorisèrent le roi à étendre son royaume le long du Rhin, ce qui ne satisfaisait pas cet ambitieux souverain. Pour agrandir son territoire, il partit en 435 en direction de l’ouest vers la Gaule belgique, région située entre la Rhénanie et la Seine qui donnera plus tard son nom à la Belgique. Gondicaire paya cher sa témérité. Assisté par l’armée mercenaire des Huns, sur laquelle un certain Attila avait la haute main, le général romain Flavius Aetius battit à plates coutures les Burgondes en 436. La famille de Gondicaire fut exterminée, seul son fils Gondioc parvint à s’échapper. Il conduisit vers le sud ce qui restait de son peuple et sauva de l’anéantissement la lignée des rois burgondes. Le massacre fut sans doute impressionnant : il inspira des récits épiques, transmis et ciselés d’une génération à l’autre. Ils furent réunis au fil des siècles pour constituer la Nibelungenlied, Chanson des Nibelungen, où Gondicaire apparaît en tant que Gunther. Le nom du roi Etzel pourrait être un clin d’œil au Romain Aetius, mais se réfère probablement à Attila. Quoi qu’il en soit, Richard Wagner doit son opus magnum à une défaite écrasante des Burgondes au Ve siècle, et plus précisément à leur désir frustré de conquérir ce qui serait plus tard la Belgique.

Extrait du livre, page 27